Clovis Toullet, apiculteur en charge du dispositif ECOBEE nous explique son métier et le suivi des abeilles domestiques dans la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre (ZA-PVS)

L’Unité APIS engage le dispositif ECOBEE dans le projet Poll-Ole-Gi. Chaque année, un échantillonnage de 10 sites, parmi 50, répartis aléatoirement dans la Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre ZA-PVS.

est réalisé. Ce dispositif est un observatoire sur plusieurs années de 50 colonies d’abeilles domestiques disséminées sur tout le territoire. Le but est d’étudier le développement et la santé des colonies d’abeilles en fonction des caractéristiques de leur environnement (paysages, pratiques agricoles ou espèces végétales présentes).

Quel est votre rôle dans le projet Poll-Ole-Gi ?

Je suis l’un des apiculteurs de l’unité APIS de l’INRA du Magneraud. Je gère le dispositif ECOBEE depuis 2008 et je m’occupe d’un cheptel d’une centaine de colonies d’abeilles. Je fourni des données lors des séries d’observations et je réalise le suivi apicole.

En revanche, je ne suis pas le seul engagé dans ce dispositif. Dans l’unité, le relevé des données est collectif et chaque équipier a son rôle: la transcription, la métrologie, les prélèvements, l’analyse des pollens (récoltés grâce à des trappes) et les mesures sur les ruches dans lesquelles je suis directement impliqué.

Quand est-ce que vous débutez la saison apicole?

En janvier, je commence à prospecter les terrains, dès que le tirage au sort des 10 sites est effectué par les responsables de l’observatoire. Depuis 2008, j’ai constitué mon réseau et, quand c’est possible, je prends contact directement avec les propriétaires. Lorsque je ne connais personne dans la zone, je fais des recherches via le cadastre de la mairie.

En parallèle, je prépare l’implantation des ruchers et je sélectionne les plus belles colonies. Je les classe en fonction de leur force afin d’établir les différents ruchers, en essayant le plus possible de remettre en observation les colonies de l’année précédente. L’expérimentation ECOBEE commence en février lorsqu’il y a de belles journées, pour les visites de printemps.

Qu’est ce qui est important pour l’emplacement des ruchers ?

Pour le protocole, les ruchers sont fixes et doivent être placés au centre du site étudié. Je veille à trouver un compromis entre le confort des abeilles et les prises de mesures pour l’expérimentation (protection du vent, température…) afin de permettre un bon développement des colonies. La protection du vent est essentielle car c’est une contrainte pour les sorties des butineuses mais aussi pour la prise de mesures (les cadres de couvain sont suspendus lors les pesées).

Quelles sont les mesures prises sur les colonies ?

Nous effectuons la pesée des cadres avec et sans abeilles, la mesure de l’ellipse du couvain et de son stade, l’échantillonnage des varroas et nous relevons les données de puces thermo-hygrométriques. A chaque visite, j’évalue la force de la colonie, je vérifie et je marque les reines, je contrôle les pontes et l’état sanitaire. Toutes les actions sont consignées dans un cahier de suivi, puis dans l’ordinateur. L’observation et l’adaptation font parties intégrantes de mon métier et sont indispensables. Nous dépendons des conditions climatiques pour les mesures, de ce fait, nous nous adaptons le plus possible au rythme des colonies.

Il faut des colonies avec un taux de survie et un état sanitaire corrects pour assurer l’expérimentation. Il est plus facile de comparer des colonies saines, c’est pour cela que l’on cherche à avoir un cheptel homogène afin d’éviter une variation trop importante lié à l’état des colonies.

Comment gérez-vous le renouvellement des colonies ?

Les mesures de routine sont prises sur 30 colonies sur les 50 présentes dans la ZA-PVS. Elles sont arrêtées lorsque les colonies n’ont plus de reine. Dans ce cas, nous prenons celles d’à côté qui sont des témoins, ce qui peut occasionner un turn-over important. Les renouvellements sont assurés par des divisions des colonies et, depuis 2014, nous avons mis en place des éleveuses avec des colonies issues du cheptel. Les reines des colonies ECOBEE proviennent soit de remérages des colonies d’origines soit des cellules royales des éleveuses.

Produisez-vous du miel ?

En tant qu’expérimentateur je fais du miel seulement si cela n’affecte pas les objectifs élémentaires du dispositif ECOBEE : la survie et l’état sanitaire. Je ne stimule pas les colonies par du nourrissement dans ce but. Dans le contexte professionnel ce n’est pas une priorité, mais je fais du miel chez moi avec mes propres colonies.

Les colonies sont alimentées avec le nectar et le pollen des plantes présentes dans leur environnement durant la saison. Je préfère qu’elles consomment leur propre miel. C’est une manière de renouveler les cadres pour préparer l’hivernage. En hiver, il m’arrive de leur donner du sirop ou du candi mais si elles n’ont pas besoin je ne nourris pas. J’adapte le volume de la ruche à la force de la colonie avec des partitions.

Quelles sont les miellées caractéristiques du territoire ?

Sur ce territoire, il y a deux miellées caractéristiques, le colza et le tournesol. La miellée phare de la région est celle de tournesol. Le colza ne donne pas chaque année. Les conditions climatiques peuvent être correctes mais l’abondance de nectar dans la plante c’est autre chose. De plus, la floraison de cette culture est tôt en saison, les colonies sont en train de se développer.

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